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La loi de Say

La malhonnêteté intellectuelle des économistes antilibéraux (keynésiens) est sans limite.

Dans un billet d'octobre 2014, faisant référence à un discours de F. Hollande où celui-ci semble se convertir à l'économie de l'offre, Christian Chavagneux, éditorialiste à Alternatives Economiques, nous explique avec plusieurs raccourcis et approximations, que Jean-Baptiste Say ne croyait pas lui même à la loi des débouchés qu'il a énoncé. L'offre crée sa propre demande ? Jean-Baptiste Say n'y croyait pas !

En réalité J.-B. Say n'a jamais formulé sa loi de cette façon. Elle est énoncée au chapitre 15 de son Traité d’économie politique sous la forme suivante : les produits s'échangent contre des produits. J.-B. Say donne ensuite une explication détaillée (explication que l'on retrouve dans le Dictionnaire de l'économie politique de Charles Coquelin).

Le terme « produit » est particulièrement important. Au premier chapitre du même ouvrage, intitulé Ce qu’il faut entendre par production, Say définit ce qu'est une production économique : c'est un service qui a une utilité et pour laquelle un consommateur est prêt à payer. Une production non vendable n'est pas un produit et n'a pas de valeur au sens économique. L'offre est une offre appréciée, demandée par les consommateurs. Si l'entrepreneur se trompe et que son offre ne trouve pas preneur, il enregistre une perte.

L'entrepreneur ayant vendu un service distribue des salaires et verse des taxes qui contribuent à accroître la demande globale. On peut donc simplement reformuler la loi de Say comme suit : toute offre génère une demande de valeur équivalente. C'est la production qui offre un débouché aux produits.

L'offre précède la demande : pour pouvoir consommer, un individu doit avoir produit au préalable. L'individu ne peut consommer que pour une valeur équivalente à ce qu'il produit.

Contrairement à une idée répandue chez les détracteurs du libéralisme, J.-B. Say n'a jamais écrit que l'offre crée sa propre demande. Cette formulation vient de J.-M. Keynes, qui a mal interprété la loi des débouchés lorsqu'il a émis sa théorie selon laquelle les crises proviennent d'une insuffisance de la demande globale.

Selon Christian Chavagneux se référant au dernier numéro de la revue Innovations, J.-B. Say, fondateur en 1807 d'une filature de coton à Auchy-lès-Hesdin, anticipant une baisse des commandes de ses produits, aurait vendu ses parts de la société.

Or c’est bien le rôle de l’entrepreneur d’anticiper la demande. S’il comprend que sa production ne trouvera pas de débouché, il est normal qu’il la réduise, voir qu’il cesse son activité. Cela ne remet nullement en cause la loi de Say telle que décrite plus haut.

C'est ici que l'on apprend que J.-B. Say a fait l'expérience de la gestion d'une entreprise avant de construire ses théories, ce qui n'est pas le cas de Christian Chavagneux qui a effectué l'essentiel de sa carrière en tant que fonctionnaire.

Ajoutons enfin que d'après le site de Société Internationale Jean-Baptiste Say, la filature de coton a poursuivi ses activités avec succès bien après le départ de son fondateur. Il semblerait d'ailleurs que contrairement aux affirmations de M. Chavagneux, les difficultés temporaires de la filature avaient pour origine un problème d'approvisionnement en coton (c'est-à-dire d'offre !) et non une baisse de la demande !

10 janv. 2015 Marqueurs : ,

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