Feuilles de root

Logiciels libres, programmation et économie

La juste valeur : une idée fausse de la valeur

La comptabilité a pour objet de donner une image fidèle de la situation financière d'une entreprise aux créanciers et aux investisseurs.

La méthode de la „juste valeur“ en comptabilité, prônée par les normes comptables internationales IFRS, n'a rien de juste, et s'appuie sur une conception erronée de la valeur.

Suite aux scandales Enron et WordCom, en 2001, pour éviter les manipulations comptables, l'IASB a imposé la comptabilisation des actifs des entreprises à la „juste valeur“. Cette méthode oblige à comptabiliser les actifs à leur prix de marché constaté à la date de clôture du bilan. Elle s'oppose à la valorisation au coût historique traditionnellement utilisée en comptabilité française.

L'application de cette méthode a largement contribué à accélérer la crise financière de 2008. En effet, lorsque les prix des titres financiers se sont effondrés sur les marchés, les entreprises, banques et investisseurs institutionnels qui les détenaient ont dû, en application de cette norme, déprécier massivement leurs actifs et inscrire des pertes dans leurs comptes de résultats, d'où des faillites en chaîne. L'application de la juste valeur aggrave l'instabilité financière.

En réalité la notion de juste valeur s'appuie sur une conception économique erronée de la valeur. En effet, depuis la révolution marginaliste du XIXème siècle (Walras, Menger et Jevons), on sait que la valeur est subjective : la valeur d'un bien ou d'un service pour une personne est fonction de l'utilité que la personne en retire. La valeur est différente du prix. C'est justement parce que la valeur est différente du prix que l'échange est possible. On peut considérer que le prix est une mesure de la valeur : le prix maximal qu'une personne est prête à payer pour acquérir un bien (ou le prix minimal qu'elle acceperait pour le vendre) permet de mesurer la valeur de ce bien pour cette personne. En revanche le prix de marché, qui n'est qu'une moyenne des prix des transactions, ne donne pas de réelle indication de la valeur du bien pour une personne.

La valeur d'un actif pour une entreprise est donc obligatoirement supérieure à sa valeur d'échange sur un marché, sans quoi l'entreprise n'aurait eu aucune raison d'acquérir cet actif pour se lancer dans une activité. Dans le cas d'un bien de type capital, c'est-à-dire un bien dont on attend un rendement futur, la valeur est une valeur anticipée, tenant compte de l'espérance de rendement du bien. On comprend bien dans ce cas que la valeur d'un actif pour une entreprise n'a rien à voir avec le prix actuel de marché de cet actif. Imaginons une entreprise restée rentable au cours d'une période de crise économique. Si l'activité ralentit on peut se retrouver dans une situation de désinvestissement, où de nombreuses entreprises en difficulté cherchent à réduire leurs capacités de production, en vendant par exemple leurs machines, ce qui fera diminuer leur prix sur le marché. Ainsi notre entreprise rentable devra déprécier ses actifs au motif que le prix de marché des machines a diminué, alors même qu'elle n'au aucune intention de les vendre car elle continue à en tirer profit. Ce qui fait la valeur d'un actif pour une entreprise c'est sa capacité à en tirer profit.

A lire : Le rôle de la Fair Value dans la crise financière

27 déc. 2014 Marqueurs : ,

Ajouter un commentaire

* Champ obligatoire